Le harcèlement est partout, sous toutes ses formes. Mais, parce que les établissements scolaires sont en manque de personnels, que les personnels ne sont pas formés à décrypter les signes, parce que les enfants sont écrasés par un système qui ne leur est pas adapté, parce que les parents, aussi, sont dépassés et débordés, bon nombre d’enfants harcelés sont ignorés et bon nombre de harceleurs passent au travers les mailles du filet… Jusqu’au moment où c’est trop tard…
Écouter pour ne pas passer à côté !
La première mission de l’adulte responsable est d’écouter l’enfant, et non pas de se contenter de l’entendre. Combien de victimes sont-elles allées voir un surveillant, un enseignant, un parent, un médecin, pour raconter les petites moqueries, les bousculades, les gros mots et à qui on leur a répondu que ce n’était rien, que ce n’était pas méchant, que cela passerait, qu’il fallait arrêter de se victimiser ? Combien sont-elles reparties, avec un nouveau bleu au cœur, en se disant que le problème venaient d’elles, alors qu’en réalité, ce sont des victimes ? Combien d’enfants ont-ils fini par se taire, parce que personne ne les prenait au sérieux ? Combien d’enfants se sont sentis ostracisés plus encore qu’ils ne l’étaient par leurs pairs, du fait de la non-réponse des adultes ou par une réponse inadaptées, alors qu’il suffirait d’un véritable temps d’écoute, pour éviter de passer à côté de l’irréparable.
Alors, oui, les personnels ne sont pas assez nombreux et les journées bien trop courtes pour se pencher sur les “petits soucis” des enfants, dans une cours de récréation ou dans un couloir. Et pourtant… Pourtant, il serait tellement important d’avoir une personne qui soit là pour les écouter. Pour détecter le mal-être, la phobie scolaire en train de s’installer, la peur, l’angoisse. Le harcèlement entraîne tout ça à la fois. Les crises de panique augmentent. Les retards en classe se multiplient. Le silence se fait. L’isolement s’installe. Parfois, même, la victime devient agresseur. Un moyen comme un autre d’essayer d’attirer l’attention. Tous sont autant de signes que quelque chose ne va pas. Et s’ils ne sont pas des manifestations d’un harcèlement, ils sont peut-être ceux d’une autre douleur, comme une situation familiale difficile, des attouchements, des coups… Tout changement d’attitude doit alerter, même si, finalement, il n’y a rien de grave… Parce que le proverbe le dit : “mieux vaut prévenir que guérir”.
Le silence n’est pas la solution !
La première règle à rappeler à un enfant, c’est qu’il n’a pas à se taire et passer sous silence ce qu’il vit, ce qu’il traverse, parce que malgré les mises en gardes, malgré les rappels familiaux éducatifs, concernant les abus, le racket, le racisme, le harcèlement, un enfant en souffrance n’osera peut-être pas en parler. Il pensera facilement qu’il “va encore embêter tout le monde”. Une sensation dont beaucoup d’enfants et d’adolescents peuvent évoquer. Ils sont celui ou celle qui va prendre du temps à l’adulte “pour des trucs de gamins”. Alors, parfois, ils finissent par se taire. Garder pour eux toutes ces moqueries, ces coups donnés “en passant”, ces stylos tout le temps volés, ces rires en coin, ces doigts pointés. Ils taisent cette douleur tandis que l’angoisse, elle, grandit, ronge, détruit. Le harcèlement détruit l’estime de soi, la confiance et engendre la peur. Il s’attaque même directement au cerveau et laissera des traces indélébiles durant toute une vie.
Le Dr Humbeeck*, chercheur en pédagogie familiale et scolaire, lors d’une conférence, rappelle un point important : demander à un enfant/adolescent si sa journée s’est bien passée et s’il a eu de bonnes notes va l’inciter à répondre par l’affirmative, pensant que c’est ce ses parents attendent de lui. Alors que poser la question de façon à ouvrir un dialogue pourrait permettre, parfois, de détecter, parfois, un des nombreux signes traduisant un mal-être, au lieu de simplement les confondre avec ceux des sacro-saintes “crises d’adolescence”, au demeurant très différentes, notamment d’un point de vue biologique.
Écouter son enfant ou son adolescente dans sa plainte n’est pas le surprotéger, surtout lorsque celle-ci est répétée. Le harcèlement n’est pas un problème passager. Il a un réel impact sur le cerveau et ce, parfois jusqu’à l’âge adulte, lorsqu’il n’est pas pris à temps. Il peut même, parfois, mener l’enfant ou l’adolescent à une telle souffrance qu’il ne verra plus d’autre solution que de se prendre la vie.
Alors, avant d’en arriver là, apprenons à réellement écouter les enfants et à détecter les signes…
*Les recherches du Dr Humbeeck sont à retrouver sur https://www.outilsderesilience.eu/

