Le harcèlement ne laisse pas toujours de bleus
Le silence avait commencé bien avant sa mort
Harcèlement.
Le mot qui fait peur. Aux enfants, mais aussi aux parents.
Le mot qui fait peur aux enseignants, qui ne sont pas formés pour gérer ça.
Le mot qui se prononce dans toutes les bouches, de la maternelle aux grandes écoles.
Les copains jouent au « jeu du harcèlement » dans la cour, ont raconté à leurs parents mon neveu et ma nièce, respectivement en CM2 et CE1.
Au mot « harcèlement », les réseaux sociaux sont systématiquement associés.
Parce que oui, le harcèlement peut passer par les réseaux. C’est rapide, anonyme et ça se répand comme une traînée de poudre.
Il y a aussi les insultes, les coups donnés « sans faire exprès », les bousculades.
Pourtant, le harcèlement peut-être aussi plus insidieux. Plus silencieux. Mais tout aussi violent. Voire plus encore, parce que l’enfant qui subit reste dans l’ombre et se tait, par peur des représailles. L’enfant espère qu’enfin, un jour, cela cessera.
Le harcèlement, c’est aussi un regard en coin, un rire dissimulé, un soupir exaspéré, une mise à l’écart du groupe, un refus d’être prise dans l’équipe de basket, des invitations aux anniversaires qui n’arrivent pas, une solitude qui s’installe, pesante, écrasante, parce qu’on n’est pas comme les autres. « Je suis la meuf bizarre », disait ma fille, comme si c’était une maladie. « T’as la peste », « tu es le diable »,… sont des mots trop souvent entendus.
On appelle ce type de harcèlement « l’ostracisme », soit le « rejet hostile, par une collectivité, d’un de ses membres ». Une forme de harcèlement dont on ne parle pas. « Parce qu’on ne peut pas forcer les enfants à s’aimer », m’ont dit certains enseignants du lycée, du collège. « Non, l’ostracisme n’est pas du harcèlement », m’a affirmé l’infirmier du lycée. Pourtant le mot est bien présent dans la définition du harcèlement donné sur le site de l’Éducation nationale.
L’ostracisme est une forme de violence toute particulière, qui entraîne une perte d’estime de soi, une angoisse sociale. L’ostracisme, c’est un rejet qui entraîne une solitude invisible, mais oh combien destructrice. On met un masque, on sourit, mais au fond, on meurt. On s’efface, on tente de devenir invisible aux yeux des autres, pour ne plus subir les regards, les moqueries, pour ne plus être « la meuf bizarre » ou la « meuf chiante ».
Et finalement, parfois, trop souvent, on disparaît, pour de vrai.
En France, plus de 400 adolescents âgés de 11 à 17 ans mettent fin à leurs jours chaque année. Parents et enseignants découvrent alors bien trop tard que beaucoup de ces enfants ont subi du harcèlement et notamment sous forme d’ostracisme. Parfois, plus jeunes, parfois encore juste avant leur passage à l’acte. Le harcèlement laisse des traces indélébiles.
Ce site a pour but de sensibiliser les institutions, les enseignants, les proches, les enfants sur cette forme de harcèlement, et ce, le plus tôt possible.
Pour que la mort d’Angèle le 4 décembre 2025, ne soit pas qu’une statistique de plus.
Ma fille avait 16 ans. Elle subissait cette forme de harcèlement depuis l’école primaire. Parce qu’elle avait un TDAH, qu’elle était HPI, HPE, parce qu’elle était juste « elle ». Elle est partie seule, une nuit, dans sa chambre d’internat. Dans le silence. Là où d’autres l’avaient obligé à se retirer, à force de lui tourner le dos. Ces autres qui continueront à vivre, tandis que la vie de ma fille s’est arrêtée.
En 2023, avant de quitter le collège, Angèle avait écrit et interprété un slam pour faire passer son message, pour faire comprendre que l’ostracisme peut vous mener droit en enfer. Aujourd’hui, j’espère que son slam pourra être appris dans les écoles et que la parole de ma fille ne s’éteindra jamais.
Sandra, maman d’Angèle, pour toujours
Fondatrice des Mots d’Angèle.
