Publié dans la presse locale quelques jours après la mort d’Angèle, ce témoignage est l’une des premières prises de parole publiques de Sandra, sa maman.
Ce texte rassemble les éléments essentiels évoqués dans plusieurs articles et interviews publiés par Var-Matin / Nice-Matin en décembre 2025.
Angèle avait 16 ans.
Elle aimait les animaux, les plantes, les livres, les mots, la musique et le théâtre.
Elle rêvait de devenir comédienne.
Mais derrière cette adolescente décrite comme “hors du temps”, sensible, drôle, profondément empathique, il y avait aussi une solitude que beaucoup n’ont pas vue. Ou n’ont pas voulu voir.
Le 4 décembre 2025, Angèle a mis fin à ses jours dans sa chambre d’internat au lycée Dumont-d’Urville à Toulon.
Quelques jours plus tard, sa mère, Sandra, décide de parler.
Pas pour provoquer la pitié.
Pas pour chercher un coupable immédiat.
Mais pour raconter ce que sa fille traversait depuis des années.
Et pour dénoncer une forme de harcèlement dont on parle encore trop peu :
l’ostracisme.
« Me touche pas, t’as la peste »
Dans les articles publiés par Var-Matin, Sandra raconte que l’isolement d’Angèle ne date pas du lycée.
Depuis des années, sa fille subissait moqueries, rejet et mise à l’écart.
Au collège, certains élèves refusaient de s’asseoir à côté d’elle.
« Me touche pas, t’as la peste », répétaient-ils.
Sandra évoque également des violences physiques subies plus jeune :
des coups, des humiliations, une élève qui l’a traînée par les cheveux en 6e.
Mais ce qui revient sans cesse dans son témoignage, ce n’est pas seulement la violence visible.
C’est surtout le rejet collectif.
Le silence.
L’effacement progressif d’un enfant aux yeux du groupe.
« Ma fille a cessé d’exister »
L’une des phrases les plus fortes rapportées dans les articles est celle-ci :
« Lorsque sa classe a décidé de ne plus supporter ses moments de déprime et de la mettre de côté, ma fille a cessé d’exister. »
Sandra parle d’une responsabilité collective.
Elle explique avoir alerté des enseignants à plusieurs reprises.
Mais selon elle, beaucoup considéraient cette situation comme de simples “histoires entre gamins”, ou estimaient qu’on “ne pouvait pas forcer les élèves à se parler”.
Pourtant, Angèle souffrait profondément de cet isolement.
Elle pleurait souvent.
Elle disait à sa mère que les journées étaient longues.
Qu’elle n’avait plus personne.
Dans un slam écrit deux ans avant sa mort, elle écrivait déjà :
« J’ai pas vraiment d’amis, personne pour me rassurer, je ne suis jamais remarquée, je suis juste moquée… alors s’il vous plaît, pour une fois, écoutez-moi. »
Une adolescente “trop” sensible
Dans son témoignage, Sandra décrit sa fille comme une adolescente différente.
Diagnostiquée TDAH, HPI, HPE, Angèle était souvent perçue comme “trop” :
trop sensible, trop intense, trop envahissante, trop vivante.
Elle aimait Louis de Funès, Renaud, Marie Laforêt.
Elle accueillait les personnes fragiles.
Elle défendait les exclus.
Elle portait “le poids du monde sur ses épaules”.
Sa mère raconte :
« Elle sentait les choses et les gens. Elle pouvait aider une amie dans le besoin même si celle-ci n’avait pas été là pour elle. »
Mais cette différence est devenue, au fil des années, une raison de rejet.
« Elle a tenté jusqu’au bout de comprendre ces rejets. Elle a lutté jusqu’à l’épuisement, puis jusqu’à s’effacer. »
« Le harcèlement ne laisse pas toujours de bleus »
Sandra insiste sur un point essentiel :
le harcèlement n’est pas toujours visible.
Il ne prend pas toujours la forme d’insultes ou de coups.
Parfois, il prend la forme :
d’un regard,
d’un rire,
d’un soupir,
d’une place laissée vide,
d’un groupe qui se détourne,
d’un silence répété jusqu’à devenir une condamnation.
Et cette solitude peut devenir mortelle.
« Je ne veux pas de minute de silence »
Aujourd’hui, Sandra refuse qu’Angèle devienne une statistique de plus.
Dans l’un des articles, elle déclare :
« Je ne veux pas de minute de silence. Je veux que son texte traverse la France pour apprendre aux enfants que le rejet est inacceptable. Que la solitude est mortelle. Qu’aucun enfant ne mérite d’être isolé ainsi. »
Elle souhaite que le slam écrit par sa fille soit entendu dans les écoles.
Que ses mots survivent.
Que la parole d’Angèle continue de circuler là où tant d’enfants se taisent encore.
Réactions institutionnelles
Après les premières publications médiatiques, le rectorat a indiqué dans un communiqué partager “la douleur de la famille” et rappelé qu’une enquête judiciaire était en cours.
L’institution a également affirmé que :
les équipes éducatives étaient mobilisées,
un accompagnement psychologique existait,
et qu’il fallait éviter de réduire la souffrance d’Angèle à sa seule situation scolaire.
Sandra, elle, continue de porter une autre réalité :
celle d’une adolescente qui, à force d’être mise de côté, a fini par croire qu’elle était de trop.
Pourquoi republier ces mots ici
Parce qu’Angèle ne doit pas disparaître une seconde fois.
Parce que derrière chaque enfant isolé,
il y a parfois une souffrance que personne ne mesure.
Parce que certains harcèlements ne laissent aucune trace visible.
Et parce qu’un enfant qui devient invisible aux yeux du groupe peut finir par croire que le monde serait mieux sans lui.
Sources
Articles et interviews publiés par Var-Matin / Nice-Matin — décembre 2025
Témoignages publics de Sandra, maman d’Angèle
Extraits du slam Écoutez-moi écrit par Angèle en 2023
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