Angèle était l’une de mes meilleures amies. Elle était joyeuse, aimante et adorable. Malheureusement, beaucoup d’élèves du collège ne la voyaient pas comme nous, ses amis, la voyions. Nous nous sommes rencontrées au début de la 5e, en classe orchestre. Je ne pensais pas alors être capable d’aimer une fille de façon amoureuse et pourtant je l’aimais. J’ai même fait le premier pas en cours de récréation. Elle a toutefois refusé de sortir avec moi, très gentiment. Quelques jours plus tard, en cours de sport, je me suis mise avec elle, parce que personne dans la classe ne voulait faire équipe avec Angèle. Je ne comprenais pas pourquoi.
Les élèves disaient qu’elle était sataniste, qu’elle portait le « sheitan » (diable). Ils ont même fini par m’associer à elle et me traiter aussi, à mon tour, de sataniste, parce que j’étais devenue son amie. Je lui ai demandé de m’expliquer pourquoi et elle m’a raconté alors que, depuis toute petite, elle subissait du harcèlement. J’ai compris à ce moment-là que je devais être là pour elle, l’aider dans cette épreuve, faire en sorte qu’elle aille mieux et surtout que je ne devais jamais l’abandonner.
Le harcèlement à l’encontre d’Angèle ne s’est jamais arrêté au collège. Dans les couloirs, il arrivait que des garçons lui tirent les cheveux ou lui rotent au visage. Parfois, ils lui crachaient aussi dessus. Lorsqu’elle arrivait en retard en cours, parce qu’elle avait un rendez-vous, une grosse partie de la classe soufflait à son entrée, comme pour dire « non, pas elle ». Je voyais la peine dans son regard.
Je n’arrive pas à imaginer continuer à vivre ma vie sans elle. J’essaye de continuer à sourire, pour elle, d’arrêter l’automutilation et de me sortir de ma tristesse. Mais, c’est difficile. Je m’accroche pour elle, pour qu’elle soit fière de moi.
Angèle est la plus belle personne que j’ai connue. Je ne comprendrai jamais pourquoi tous ces élèves lui ont fait subir tout ça. Elle ne méritait pas ça. Elle était gentille avec tout le monde, même lorsqu’on lui faisait du mal.
J’espère que son suicide servira à faire comprendre à quel point le harcèlement laisse des traces. Il faut que ça s’arrête, qu’il n’y ait pas d’autres enfants qui passent à l’acte à cause de ça.
Angèle était mon amie. Je ne l’oublierai jamais.
« À toi, mon ange, tu me manques. Je ne saurai sûrement jamais si tu voulais vraiment faire ça, mourir, comme ça. J’espère du plus profond de mon cœur que c’est vraiment ce que tu voulais, que tu ne le regrettes pas et que tu ne souffres plus. Je t’aime. Au revoir, mon ange ».
