Son départ tellement triste nous a toutes les trois dévastées à la maison. Je garderai toujours au fond de moi son joli sourire et sa joie de vivre. Elle avait une personnalité profondément solaire, une spontanéité hors du commun et un rire communicatif… Cela contraste si intensément avec son départ si brutal.
C’était une enfant extraordinaire, si spontanée que j’en étais admirative. Elle a beaucoup aidé ma fille Chloé, de la maternelle à la fin de l’école primaire, elle qui était renfermée et timide. Grâce à Angèle, l’école n’était plus un fardeau. Elle l’a poussé à sortir de son trou, à jouer avec elle, avec les autres, elle l’a invité à ses anniversaires, à ses supers soirées déguisées. Elle nous a apporté beaucoup, petite puce qu’elle était, avec sa pureté et sa gentillesse qui nous manqueront toujours.
Je me souviens de ce jour où elle nous avait accompagnées pour voir notre future chienne. Un vrai périple dans la colline. Nous avions beaucoup ri. Il y avait une vingtaine de chiens de bergers et je n’étais pas rassurée. C’est Angèle qui m’a permis de me sentir mieux, moi la maman de Chloé. Elle voulait tous les caresser, parce qu’elle adorait les animaux. Nous avons adopté Lana et Angèle et ma chienne s’entendaient très bien. Elle venait toujours la caresser à la sortie de l’école.
Angèle était une petite fille très curieuse qui posait beaucoup de questions. C’était un vrai plaisir de discuter avec elle. Je revois ce petit cœur courir dans le jardin, faire du toboggan sans s’en lasser à l’école, danser aux spectacles, chanter à la kermesse de l’école, en français et en provençal. Je la vois encore dans le rétroviseur de ma voiture avec mes filles, en train de raconter des blagues, quand nous allions chercher du McDo, aux anniversaires, patauger dans une piscine bouée, lors des soirées d’Halloween, quand nous passions chez elle et qu’avec sa maman, elles nous accueillaient toutes les deux déguisées, avec une super décoration devant la porte, qui nous émerveillait chaque année un peu plus. J’ai tellement de souvenirs qui me reviennent en tête, que je garde précieusement. Je me rappelle des câlins qu’elle faisait le matin en arrivant à l’école, à ses copines et à sa maîtresse.
Angèle était tellement solaire. Lorsqu’elles sont passées en 6e avec Chloé, dans des collèges différents, nous nous étions un peu perdues de vue, jusqu’à ce que l’on se retrouve pour une visite de mon village, un soir d’Halloween, avec un conférencier. Elle était avec sa maman. J’ai appris alors ce qu’elle vivait depuis des années. Ce harcèlement, cet isolement. Comment aurais-je pu imaginer qu’elle vivait ce genre de choses ? C’est d’une telle violence. J’étais horrifiée. Elle s’était pourtant accrochée, espérant qu’en changeant d’établissement après la 3e, tout irait mieux. Elle avait réussi à intégrer le cursus dont elle rêvait, pour faire du théâtre. Pourtant, l’isolement l’a rattrapée. Et le harcèlement avait déjà fait son œuvre. Si seulement le monde était plus beau… Si seulement le monde était comme Angèle, il serait merveilleux et ce genre d’horreurs n’existeraient pas.
« Je n’oublierai jamais ce petit cœur. Merci à toi, Angèle, d’avoir été toi. Tu étais une petite fille extraordinaire qui nous a illuminés de joie et de bonheur. Merci pour tout ça ».

