Je ne veux pas de minute de silence
Il y a des phrases qui dépassent immédiatement le cadre d’un témoignage.
Des phrases qui deviennent un basculement.
Lorsque Sandra, la maman d’Angèle, prend la parole dans la presse quelques jours après la mort de sa fille, elle prononce ces mots :
« Je ne veux pas de minute de silence. »
Pas parce qu’elle refuse l’hommage.
Mais parce qu’elle refuse que tout s’arrête là.
Parce qu’une minute de silence ne change rien à ce que vivent encore certains enfants chaque jour.
Une minute de silence ne protège pas un adolescent isolé dans une cour de récréation.
Une minute de silence ne voit pas les regards qui excluent.
Elle ne voit pas les groupes qui se ferment.
Elle ne voit pas les enfants qui cessent progressivement de parler parce qu’ils ont compris qu’ils dérangeaient.
Sandra ne veut pas seulement que l’on pleure Angèle.
Elle veut que l’on comprenne.
Comprendre que le harcèlement ne ressemble pas toujours à ce que l’on imagine.
Parfois, il ne laisse aucun bleu.
Parfois, il laisse simplement un enfant seul au milieu des autres.
Dans plusieurs interviews accordées à Var-Matin et Nice-Matin après le décès d’Angèle, Sandra raconte une souffrance ancienne.
Une adolescente hypersensible, différente, profondément vivante, qui avait peu à peu appris à se sentir “de trop”.
Une jeune fille qui écrivait déjà son mal-être dans ses textes et dans son slam Écoutez-moi, interprété en 2023.
Elle y disait :
« J’ai pas vraiment d’amis.
Personne pour me rassurer.
Je suis juste moquée.
Alors s’il vous plaît, pour une fois, écoutez-moi. »
Aujourd’hui, Sandra veut que ces mots circulent.
Dans les écoles.
Dans les collèges.
Dans les lycées.
Parce qu’elle refuse que la parole de sa fille disparaisse avec elle.
« Je veux que son texte traverse la France », dit-elle.
Cette phrase n’est pas symbolique.
C’est déjà une mission.
Transformer une douleur irréversible en prise de conscience collective.
Parler de ce que beaucoup d’adultes continuent encore à minimiser :
l’ostracisme,
la solitude,
le rejet silencieux,
l’effacement progressif d’un enfant par le groupe.
Parce qu’aucun enfant ne devrait avoir à disparaître pour être enfin entendu.
Sources
Témoignages de Sandra publiés dans Var-Matin et Nice-Matin — décembre 2025
Interview autour du slam Écoutez-moi d’Angèle
